Vous êtes assis dans les tribunes du stade Ernest Wallon, aux côtés de Fabien Pelous, en chemise blanche et costume rayé. Vous regardez vos camarades de club jouer contre Perpignan. Votre costume vous sied, mais les raies qui collent le mieux à votre peau sont celles , horizontales, des maillots. Vous êtes fait pour le terrain, et le terrain s’éloigne de vous. Le sort est cruel, et les dieux paraissent indifférents à votre détresse. Sans doute ont-ils du pain sur la planche, les dieux, des souffrances infinies à soulager sur cette planète mal barrée. Sans doute. Mais cela ne les dispense pas de faire attention à vous. Ils ont le bras long, les dieux, et trente-six mains. Ils n’ont pas d’excuse, les dieux. Ce que l’homme fait de mieux, ici-bas, c’est jouer de la trompette et au rugby, le reste n’étant que carnages, charniers, pelotons d’exécution, pendaisons filmées, circulant sur le net. Les dieux devraient donc veiller en priorité sur les musiciens et les rugbymen qui nous font la vie plus belle, souffler sur votre ligament interne du genou droit pour qu’il guérisse. Nous vous applaudissons, Michalak. Votre genou provisoirement vous lâche. Nos cœurs, eux, ne vous lâcheront jamais.
Quel beau nom que le vôtre : Michalak. Ce K final est magnifique, sec comme un caillou. Il claque comme un fouet, comme les doigts d’un jazzman, nous donne à entendre le crépitement charnu des crampons sur le revêtement du couloir qui mène à la pelouse. Votre nom, Michalak, fait du bruit en nous, donne le la à nos bandas surchauffées, à nos grosses caisses qui vous réclament le paradis.
Vos crampons, Michalak, nous aimons vos crampons de vent, leurs éclairs qui échappent aux placages des avants, à la lourdeur des viandes. L’éclair n’est jamais permanent, Ceux qui, au stade de France, vous ont un jour sifflé, l’ignoraient. L’éclair est seulement inoubliable. Une passe au pied, des crochets fabuleux et, tout à coup, grâce à vous, le rugby vit . Nous sommes un peu lassés, nous qui avons vu jouer Jean Gachassin, de ces percussions à répétition, ces cartons, ces points de fixation. Nous voulons la cavalerie, des pur-sangs sur l’herbe. Et la cavalerie, c’est vous. Vous êtes le N°10 que nous attendions. C’est l’avis d’André Boniface qui, avec son frère Guy auquel nous pensons si souvent, chaussaient des crampons de feu.
Vous regardez le Tournoi des Six Nations à la télévision, nos yeux vous cherchent sur le terrain. Aujourd’hui vous êtes sur le banc. Demain, vous ouvrez le ban. La fête, c’est vous.
Attitude Rugby, mars 2007