Septembre est là, avec ses romans innombrables qui très vite mourront, avec son soleil ocre, sa douceur, la reine des reinettes pour faire des tartes et, pour rêver, le maillot tantôt rouge, tantôt noir du Stade Toulousain.
C’est la rentrée, et les joueurs de la Ville rose vont « espataroufler » tous leurs adversaires, à commencer par le Stade Français. Les Toulousains ont terminé leurs devoirs de vacances, et Fino Maka a même été chez le coiffeur. Tout est nickel, tout est fin prêt : sur les terrains de « ruby » et d’émeraude, le Capitole va dicter sa loi à la Capitale.
C’est la rentrée et, dans les couloirs, certains élèves traînent les pieds et les crampons. Ce serait le cas de Claude Makelele. Il en aurait, semble-t-il, un peu marre, Makelele, des cahiers Clairefontaine et des cours dans le centre du même nom. Lassé, fatigué : comment ne le serait-il pas, Makelele ? Il a joué à Chelsea à fond les ballons. Il a défendu, en Allemagne, durant le Mondial, les couleurs de la France, et n’a bénéficié en tout et pour tout que d’un mois de congé. C’est pareil pour ceux qui bossent chez Renault, à la Poste, pareil pour les cheminots, pareil pour tout le monde. C’est vrai. Mais on ne devient pas footballeur pour être comme tout le monde.
C’est la rentrée, et Raymond Domenech est un drôle d’instituteur, un instituteur pas drôle, un vrai Hussard noir. Les coups de règle, les taloches, c’est bon pour les mioches, pas pour les Bleus auxquels il donne du fouet : et v’lan sur la couenne à Coupet ! Le bâton ne va pas sans la carotte, sauf à Clairefontaine, dans la classe de monsieur Raymond qui, après la baston impose exercices et leçons. Et Thuram, et Sagnol de répéter, chaque jour, les mêmes gestes, les mêmes combinaisons. Et pas question, à Clairefontaine, d’avoir les idées ailleurs, le crampon buissonnier, la tête voltigeuse : le programme, tout le programme, rien que le programme. Et le coup de tête, n’est pas prévu au programme. L’art du coup de boule, Zidane l’avait appris tout seul. Zizou était un autodidacte. Zizou n’ écoutait pas en classe, n’avait pas besoin d’instituteur.
C’est la rentrée. Raymond Domenech devrait, comme l’y invite le très pondéré José Mourinho, choisir une pédagogie plus branchée, un truc « convivial », « interactif » et « cool » : après tout, les footballeurs ne sont pas des spartiates comme Lance Armstrong, ils doivent pouvoir souffler un peu. Or, la journée terminée, au lieu de leur lâcher les baskets, de les laisser surfer sur le Net ou jouer à la Play Station, Raymond Domenech, le fouet à la main, les conduit devant des journalistes qui leur posent des tonnes de questions. Et les Bleus doivent répondre à chacune d’elle tandis que s’affiche dans leur dos, sur un grand tableau blanc, toute une ribambelle de mots : « Butagaz, Adidas, Primagaz ! ». Avec tous ces gaz, comment ne pas avoir la pression !
C’est la rentrée et, d’entrée, trois buts contre la Géorgie qui n’a vu que des A : Malouda, Saha. Quand les Bleus, à l’instar de Coupet, sont inspirés le jour de la rentrée, pour nous c’est la récré.
Le Figaro, le 4 septembre 2006