Pour Floyd Landis


Il ne faut pas déclasser le soldat Landis. Oscar Pereiro, second du Tour, ne souhaite pas en effet hériter d’un maillot jaune que Floyd, respectant l’enseignement que sa mère mennonite lui a dispensé, a gagné à la sueur de son front. Quelle était belle la sueur qui baignait le visage de Floyd dans la montée interminable vers La Toussuire quand il n’avait même plus la force de boire, quand ses socquettes étaient en plomb ! La sueur de Floyd nous en apprend plus sur lui que son urine dont des laborantins se disputent les échantillons dans un pavillon de la banlieue parisienne
Que nous apprend-elle cette sueur ? Que Floyd supporte plus que les autres la douleur. Dans la Toussuire , au cœur de la tourmente, le casque sur les yeux, il était comme un soldat sous la mitraille, aussi mal en point que Merckx, en 1971, dans la montée d’Orcières Merlette, quand Luis Ocaña l’avait relégué à plus de 9 minutes. Mais comme Merckx, Floyd savait que, la tempête passée, il attaquerait à son tour. Ce qu’il fit, dès le lendemain, dans le col des Saisies, comme Merckx en 1971 sur la route de Marseille.
Que nous apprend-elle cette sueur ? Elle nous dit que le champion est un homme qui s’en va, sacrifiant sa santé à son rêve de gloire. Le dopage est dangereux, mais le sport de haut niveau l’est tout autant. « Ce n’est pas normal de pédaler six heures tous les jours » disait Laurent Jalabert, en 1998, quand il était, non pas commentateur, mais coureur. Ce n’est pas « normal » de souffrir comme Floyd a souffert à la Toussuire.
Que nous apprend-celle cette sueur ? Elle nous dit que le champion est un hors-la-loi. Il n’accepte pas ces vies étriquées, sans horizon, auxquelles nous consentons et dont il nous débarrasse chaque fois qu’il attaque dans un col. Le déclasser, est-ce la meilleure façon de le remercier ?
Il ne faut pas déclasser Floyd Landis, ce héros venu de Pennsylvanie Il n’est pas un « tricheur », pour reprendre ce mot dont se gargarisent les tripoteurs de pipettes de pipi. Des tricheurs, il y en aurait, certes, mais dans le sport. Or le Tour de France n’est pas une épreuve sportive : c’est une épopée.
Samedi 29 juillet 2006