Télévélo


televiseurDurant les retransmissions du Tour, sur France Télévisions, il n’est question que de… France Télévisions. L’animateur, qui fait du vélo, n’épuise en hommages rendus aux motos de France télévisions, aux cadreurs de France Télévisions, aux monteurs de France Télévisions, aux génériques de France Télévisions, aux hélicoptères de France Télévisions. Et les hélicos de filmer illico le nom de l’animateur-qui-fait-du-vélo inscrit sur un panneau qu’un quidam – un intermittent du spectacle sans doute – brandit sous leurs hélices. On ne sait toujours pas, au terme de centaines d’heures de direct, de quelle façon s’entraîne l’épatant Oscar Pereiro, mais l’on n’ignore rien des braquets dont usent dans les cols, les animateurs qui, à France Télévisions, font du vélo tous les week-ends.
Durant le Tour, France Télévisions ne semble ne pouvoir parler que d’elle, de ces animateurs qui puérilement se prennent pour des coureurs. A-t-on jamais entendu Roger Couderc à Twickenam ou Thierry Roland au Stade de France évoquer leurs exploits personnels ? Ne comptent à leurs yeux que les crochets de Jean Gachassin et les coups francs de Michel Platini. Les champions cyclistes et les vélocipédistes du service public n’ont d’autre point commun que la caméra qui les filme. A trop se regarder dans l’objectif, les seconds se prennent pour les premiers. Et les premiers, sur les plateaux de télévision, en sont réduits à n’être que les faire-valoir des seconds. Il n’est pas surprenant, dans ces conditions, que ni Lévi Leipheimer, ni Floyd Landis qui n’ont ni l’un ni l’autre de temps à perdre, n’aient envie de participer à l’émission « formidable » et « sympa » que la chaîne diffuse juste après la retransmission de l’étape. On ne voit plus guère de maillots et de dossards sur ce plateau , hormis ceux d’équipes françaises que les caméras ont filmées longuement, durant l’étape, à l’arrière du peloton.
A la confusion des genres vient s’ajouter l’agitation épuisante dont font preuve ces petites Castafiore du pédalier. Ils sautent, tressautent, courent partout, crient « vive le vélo », hurlent « le Tour, c’est génial », et s’offusquent de ce que Carlos Sastre n’ait pas envie de répondre à la question qui les taraude : êtes-vous content d’avoir gagné ? Cette année ils auraient aimé demandé à Floyd Landis s’il n’avait pas trop « la pression ». Ils ignorent sans doute qu’à cette question Nelson Piquet a répondu depuis longtemps : « La pression, je la mets dans les pneus ! »
Le Figaro, samedi 22 juillet 2006