Vélo Blues


pelotonCette année, le Tour peine à retrouver la place qui est la sienne dans mon cœur : la première. C’est la faute à Zizou. Il faisait des roulettes et des petits ponts fabuleux pendant que la Grande Boucle, privée des meilleurs, traversait, dans l’indifférence, le pays de Rudy Altig, les terres de Charly Gaul, la province de Liège chère à Eddy Merckx. Oui, du 1er au 9 juillet, le maillot jaune, c’est Zizou qui l’aura porté. La tunique couleur de poussin était à sa place sur ses épaules, n’en déplaise à ceux qui brandissent, sur le terrain et dans les journaux, des cartons rouges. Le foot a fait de l’ombre à un Tour dont Lance n’a pas pris le départ. Lance, ses exploits accomplis, se repose dans son ranch, loin des grincheux et des ingrats. Que vais-je faire, moi, de mon stock d’ aérosols à l’aide desquels, sur le route de Marie-Blanque, j’ inscrivais : « Go, Lance, go ! » ? J’aurais bien encouragé Jan Ullrich, mais ils l’ont viré. Sa maman a dû pleurer. Elle est condamnée à pleurer, Madame Ullrich. Elle avait versé des larmes, en 1997, quand Jan avait gagné le Tour. Madame Ullrich, je m’en souviens, était heureuse et fière. Jan est ce bon fils dont elle s’est toujours occupée. Ce n’est pas par hasard que les champions offrent leur bouquet à leur mère : elles sont souvent les seules à comprendre leur rêve. Oui, Jan est un bon fils. Mais, Jan, ils l’ont viré. Ils appellent ça « faire le ménage », comme si les Géants de la route étaient de la poussière. Aujourd’hui les champions sont départagés, non par l’Izoard, mais par des majorettes en chemisettes qui ont un plumeau en guise de bâton.
On peut chasser du Tour les Allemands, les Italiens et Alexandre Vinokourov, ce n’est pas pour autant qu’un Français s’impose. Ah les Français ! « Ils devraient se lever le cul de la selle » a dit un jour, Bernard Hinault. Thomas Voeckler le fait, certes, mais pas au bon moment. Le 13 juillet, entre Tarbes et le Val d’Aran, il est parti tout seul, dans la descente du Tourmalet , c’est à dire beaucoup trop loin d’une arrivée qu’il franchira en compagnie des attardés. Il est généreux, Thomas, mais son directeur sportif devrait lui apprendre l’art de la course. Cet art, les coaches des équipes françaises le maîtrisent-ils ? Au lieu de geindre aux micros qu’on leur tend, ne devraient-ils pas s’inspirer des méthodes de José-Miguel Echavarri qui a contribué aux victoires magnifiques de Miguel Indurain, ou de celles de Johan Bruyneel qui sept ans durant a « managé » Lance Armstrong. On verrait des coureurs français sortir du peloton, et pas seulement le 14 juillet. Le jour du quatorze juillet, ce n’est d’ailleurs pas un Français qui a gagné mais un Ukrainien, Yaroslav Popovych, membre d’une équipe, La Discovery Channel que l’on disait « en déroute ». Dans les Pyrénées, j’ai demandé à Johan Bruyneel ce qu’il pensait de ce Tour 2006. C’est un Tour « décaféiné » m’a-t-il répondu. L’arabica ne pousse guère sur nos terres. Il ne pousse pas davantage en Belgique, me direz-vous. C’est vrai : les Belges attendent un nouveau Merckx comme nous attendons un nouvel Hinault. Mais eux, au moins peuvent-ils prendre leur mal en patience en regardant Tom Boonen remporter Paris-Roubaix.
Le Figaro, lundi 17 juillet 2006