Parce qu’il a déposé son crâne sur la poitrine de Marco Materrazzi, à dix minutes de la fin des prolongations, Zizou cesserait d’être un « dieu » redeviendrait un « homme », peut-on lire et entendre ici et là. Or Zizou n’a jamais été un « dieu », ni même un « homme », simplement un héros c’est-à-dire un être de chair et de sang qui nous grandit tous.
Cette tête de Zizou sur l’italien thorax, notons d’abord qu’elle est efficace, sur le strict plan thérapeutique. Nous avons pu le constater à chaque match durant cette coupe du Monde : les joueurs ne cessent de cracher par terre. Comme disent les médecins ils sont encombrés, assaillis par les mucosités. Par son geste, Zizou aura soulagé Materrazzi et l’aura empêché de salir la pelouse.
Cette tête de Zizou, notons ensuite qu’elle est aboutie: le franc mouvement du buste, tout le corps de Zizou passant dans l’os du front comme passe dans la raquette ovale le corps entier du tennisman au moment du passing shot. Du grand art. Du jamais vu ? Non. Il y a un précédent : Eric Cantona qui, le 25 janvier 1995, essuie de la pointe de sa chaussure la joue du hooligan qui avait insulté sa mère. De même que Cantona démontrait par son geste qu’il eût brillé sur les tatamis, Zizou prouve par le sien qu’il aurait pu sans peine, au sein du XV de France, perforer la bidoche anglaise aux côtés d’ Abdelatif Benazzi. Benazzi qui possède, chez lui, le maillot bleu de Zizou et celui, jaune, d’Armstrong. Les héros se reconnaissent entre eux.
Le Figaro, mardi 11 juillet 2006