Les Suisses, les Coréens et les Togolais ne s’étant point laisser plumer, nos coqs ont franchi avec peine le barrage des poules. Changeons vite de braquet et surtout de maillot. On ne peut gagner la Coupe du monde avec un maillot laid. Qu’il était moche le maillot blanc que les Bleus portaient contre la Corée ! Il n’était même pas blanc au demeurant : un motif géométrique, vaguement rouge, vaguement bleu avait été imprimé sur la partie couvrant le buste des joueurs par un designer sans imagination ni fantaisie. La France ne joue bien qu’en bleu. Le bleu, c’est sa couleur. Qu’elle la porte et la défende, c’est son devoir ! Respectons les traditions : la France en bleu, le Brésil en jaune, l’Angleterre en blanc, l’Argentine en bleu et blanc. Et les Italiens à poil car ils sont les plus élégants .
Un maillot laid, des joueurs las, et des arbitres dont les décisions sont pour le moins discutables. Benito Archundia, arbitre myope et mexicain, oublie de voir le ballon que Patrick Viera met de la tête dans les cages coréennes. La France a un problème avec le Mexique. Il était mexicain, l’arbitre qui en 1998 avait collé un carton rouge à Zizou pour essuyage de crampons sur cuisse saoudienne. Et la France s’était tue. Et se tait de nouveau. Ni l’Elysée, ni Matignon, ni le coach, ni le député Lassalle prompt à faire la grève de la faim, ne protestent. Nous avons par le passé rompu des relations diplomatiques pour moins que cela. Si nous voulons gagner la coupe du monde, il faut de nouveau envahir le Mexique et, à Camerone, s’entraîner comme des légionnaires. Et trouver des coaches qui pètent le feu. Les coaches successifs de l’équipe de France n’explosent jamais ni de joie, ni de rage. Or, il faut des sanguins pour mener une équipe, des hypernerveux, des masticateurs hallucinés de chewing-gum comme, en Ovalie, Bernard Laporte. Ah, Laporte ! Dans les vestiaires, il explique aux avants qu’ils vont enfoncer les All-Blacks. Ce qu’ils s’empressent de faire. Pourquoi diable ne mâchent-ils pas frénétiquement le chewing-gum les coaches de l’équipe de France de foot ? Pourquoi les mots qui sortent de leur bouche sont-ils sans relief, sans vertèbre, sans chair, à peine audibles ? On chuchote à l’oreille des chevaux, pas à celles des joueurs. La parole du coach doit claquer, comme les gants de Barthez sur un ballon frappé par Roberto Carlos !
Le foot est un jeu, et le mot jeu commence par un j, comme le mot joie. Or, les joueurs de l’équipe de France ne semblent guère habités par la joie. La joie, elle se lit sur le visage des joueurs ghanéens, pas dans les yeux des Bleus. Pour aller au bout, pour la mettre au fond, il faut un enthousiasme, une fraîcheur semblable à celle dont fait preuve sur scène Johnny Hallyday.
De l’enthousiasme, de la légèreté, de la joie. Il faut suivre les préceptes du coach de l’équipe du Brésil, un certain Pierre de Ronsard, lequel invite Ronaldinho et ses amis à « faire d’un pied léger poudroyer les sablons/Et bondir par les prés l’enflure des ballons. »
Christian Laborde
(Le Figaro, le lundi 26 juin 2006)