Je lisais, enfant, les livres de la Bibliothèque « Rouge & Or » comme le maillot de l’équipe de rugby de Perpignan. Je me souviens d’un roman que j’aimais beaucoup, Les trois cavaliers d’Iraty. Des enfants luttaient contre des voleurs de chevaux. Il y avait des arbres, des crinières, la nuit, le vent, et ces « potioks », ces petits chevaux qui vivent en liberté dans les montagne . D’autres héros sortaient, non des livres, mais de la bouche de ma grand-mère qui me racontait des histoires de géants, et de sorciers, toute une ribambelle d’ « Il était une fois » qui m’enchantait. Je me souviens aussi d’un Précis illustré d’Histoire sainte que j’avais trouvé dans le tiroir d’une table de nuit. Je l’ouvrais et, aussitôt, la mer s’ouvrait, un serpent parlait, et des mecs montaient une Tour qui s’écroulait comme un château de cartes, comme une barre de banlieue bourrée d’explosifs. C’était coloré, et c’était rythmé. La littérature c’est aussi une histoire de couleur. Et de rythme.
Question posée par le Figaro littéraire, jeudi 22 juin 2006