Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française,
par eux-mêmes,
sous la direction de Jérôme Garçin
Christian Laborde
est né à Aureilhan, au pied des Pyrénées, d’une mère modiste et d’un père qui
servit dans l’armée d’Afrique et admirait Charly Gaul.
Aureilhan était, au siècle dernier, le pays des arbres et des mots : le curé parlait latin, l’instituteur, français, le paysan, gascon, le maçon, espagnol, et la femme du premier voisin, vietnamien.
Laborde est un mot gascon, un nom commun. De ce nom commun, Christian Laborde a fait un nom propre en écrivant des poèmes, des romans dont le plus fameux, L’Os de Dionysos, a été interdit en 1987 par les tribunaux pour « pornographie, lubricité, paganisme, incitation au désordre et à la moquerie », des menteries biographiques dont Claude Nougaro est le héros, ainsi que des récits colorés et cadencés à la gloire des champions du Tour de France. De ce nom propre, Christian Laborde s’est empressé de faire un nom sale en tirant sur tout ce qui ne bouge pas, dans les colonnes de L’Idiot international, la feuille volcanique de son ami Jean-Edern Hallier.
Christian Laborde habitait à Pau une maison basque sise entre la rue d’Artagnan et celle des Ferrets. Dans la loggia où il écrivait et a été assassiné par les hommes du Cardinal, une roue libre Maillard Course comptant cinq couronnes lui tenait lieu de presse-papier.
Un jour, à la télé, Christian Laborde avait déclaré : « Une partie de la bouche se nomme le palais. La noblesse est dans la bouche. Les mots sont des mets. »
Editions Mille et une nuits mars 2004