La chanson de Lacoche


philippe_lacocheUne cinquantaine de pages, et le cœur s’emballe, l’âme a chaud ! Souvenez-vous de Départementales de Jérôme Leroy, aux éditions du Rocher ! L’éditeur de Leroy nous offre une nouvelle tournée de mots serrés avec Le musicien des brumes* de Philippe Lacoche.
Où sommes-nous ? Quelque part en France. Il y a des haies, le bec « tendre » des jeunes merles, un chef lieu de canton, une gare. C’est la France de l’autorail, du bistrot et des goujonnières. Dans le bistrot, derrière le bar, Edith et ses bières, et, dans la salle, José qui tourne et retourne entre ses doigts une vieille carte postale. Elle a été postée, il y a belle lurette, d’une petite ville de la banlieue de Londres. Elle est signée Fred, Paul, Arnaud. De Fred, de Paul et d’Arnaud, apprentis musiciens partis au pays des Stones et des Beatles faire la première partie de Chicken Shack, Edith et José se souviennent. Ils se souviennent surtout d’Arnaud, le seul à n’être pas revenu en France, après l’échec cuisant du groupe. Qu’est devenu Arnaud dont le père, fumeur de Gauloises et pêcheur le brochet, mourut dans l’explosion du four numéro trois de l’aciérie, quelque temps avant le départ de son fils?
C’est pour répondre à cette question que José traverse à son tour la Manche, quitte le juke box d’Edith pour les clubs londoniens, la France des « pommes de terre en cocotte avec de l’ail » pour l’Angleterre de la stout, les merles et les haies du canton pour les trottoirs de Londres, « brill[ant] comme un pneu neuf ». José met ses pas dans ceux d’Arnaud, piètre guitariste dont on se moquait chez Edith, et dont une chanson, écrite à Londres, a pour titre « Le Four numéro trois ».

Quelle musique Arnaud a-t-il mis sur ses mots ? La musique des mots de Lacoche. Et c’est du blues. Et ce blues, dans lequel le sifflement des merles se mêle à celui de l’autorail, parle de l’existence cruelle, et de ces rêves qui, en chacun de nous, s’obstinent à ne pas mourir.

Le Figaro magazine, décembre 2001

* 64 pages, Editions du Rocher, 38 F