J’ai découvert les mots de Jacottet, il y a belle lurette, à Toulouse, en feuilletant un numéro des Cahiers du Sud. Et ses mots, je m’en souviens, voisins de ceux de Jacques Réda* ou de Jean Follain m’invitaient à entrer « maintenant dans l’ombre/avec l’ombre en main pour lampe »
Friand de sons furieux et de tonitruanteries syllabiques, je rencontrais une voix qui m’ouvrait d’autres espaces, une voix proche du chuchotement, de la pierre et du vent. Cette voix aujourd’hui nous donne Et, néanmoins* , proses et poésies, également Carnets*, sous-titré La Semaison III
Semaison : « Dispersion naturelle des graines d’une plante », précise Jacottet citant Littré. Bien sûr, bien sûr, mais comment ne pas entendre, dans ce vocable, semaine, maison et saison ? Les saisons se succèdent et, dans sa maison - ou loin d’elle - , un homme prend des notes sur son carnet. Il parle de Proust, songe à un poème de Rilke, écoute Bach, rêve et relit Les Misérables. Il regarde par la fenêtre et observe, dans le parc, « les arbres défeuillés, comme autant de cierges qu’allume soudain le soleil réapparu sous un rideau de nuages noirs. »
Le soleil, les nuages, les arbres, les matins, les soirs et les fleurs se partagent pareillement les pages de Et, néamoins. Les fleurs : encore les fleurs ? Oui, et cette fois, Jacottet s’attarde sur les liserons des champs, fleurs ordinaires, « les plus communes », « les plus basses » que ne remarquent ni le botaniste, ni le marcheur pressé. Le liseron des près par Jacottet, c’est « autant de bouches d’enfant disant « aube » à ras de terre. »
Jacottet, c’est plus fort que Littré !
Figaro magazine novembre 2001