Du «Kovèt» à l'Irak : l'exception française


Les Français sont majoritairement contre la guerre en Irak. Cette dernière étant inévitable, ils vont devenir majoritairement pour. Mais ils ne disposent, pour changer d'avis, que d'un laps de temps très court. Heureusement en France, le peuple, au moment des crises, n'est jamais seul. Qu'une catastrophe se produise, que la neige tombe dru ou que redémarre Loft Story, il peut à tout instant composer un numéro d'urgence, bénéficier d'une aide, d'un soutien, d'un «accompagnement» psychologique.

Qui va «aider» les Français à préférer la guerre à la paix ? Les experts ! Ils vont débouler, comme en 91, sur les plateaux de télévision, la bouche débordante de préfixes, ces préfixes qui impressionnent les animateurs sur toutes les chaînes et les téléspectateurs sur la plupart des poufs.

Ce que l'on croyait politique se révèle métapolitique, et ce que l'on imaginait stratégique devient tout à coup géostratégique. Voilà qui change les données
du problème. Si les experts ne parvenaient point à «aider» les Français à changer d'avis, les philosophes, comme en 91, prendraient le relais. Pas n'importe quels philosophes : des philosophes ultramodernes, des penseurs hypersophistiqués qui foutront un coup de vieux à Voltaire. Cheveux au vent et chemise ouverte, ils opposeront à son concept obsolète de «boucherie héroïque» celui plus performant de «frappes chirurgicales». La guerre en Irak, c'est Médecins sans frontières !Si l'aide des philosophes conjuguée à celle des experts ne suffisait pas à «aider» les Français à changer d'avis, les politiques interviendraient, à commencer par le premier d'entre eux, le chef de l'Etat, ce qu'avait fait, en 1991, François Mitterrand. La guerre en 91, on n'en voulait pas, au motif qu'elle était américaine. Et si finalement nous la fîmes, c'est grâce à François Mitterrand qui, d'un mot, d'un son, nous retourna comme crêpe à la Chandeleur. Le premier il parla, et le seul appela le Koweit, «kovèt». Et kot,kot, kot, Kovèt, nous leur volâmes dans les plumes !

Bien joué, Mitterrand. A vous, Chirac !

Le Figaro 21.01.2003