Dazibapau : le Vert.


vegetation_vert A Pau il suffit d’ouvrir les volets pour se mettre au vert. Vert tendre des feuilles qui naissent et, aidées par la rosée, se déroulent comme de courts parchemins, de minuscules Avis à la population : « Oyez, braves gens, oyez, le printemps revient, le printemps revient »

C’est une couleur qui morfle, le vert, sous les coups de boutoirs des pelles mécaniques, couleur que l’on tenta très tôt de disqualifier en fabriquant l’adjectif verdâtre. Je ne l’entends pas de cette oreille . Verdâtre : l’âtre est vert, les flammes sont vertes comme des feuilles dont elles possèdent la souplesse, la grâce enrobante quand le vent ou le soufflet entrent en action. Enrobante, oui : les flammes sont les robes des bûches.

Vert, c’est le drapeau de la baignade, succulents confettis de tissus sprintant vers l’eau sur laquelle le soleil passe et repasse comme un fer.

Vert, on le serait de rage ou de peur. Mais a-t-on jamais vu une feuille de tilleul, une feuille de menthe se mettre en colère, afficher une quelconque crainte ? Quelle que soit la force du vent, leur bonheur est intact, et son absence leur laisse savourer le repos, non des morts, mais celui des bateaux dans le port. Le clapotis de l’eau contre les coques immobiles semble lui-même fait de feuilles.

Vert, c’est maintenant, le drapeau de la mort. Vert le bandeau au front des jeunes filles qui ajustent à leur taille une ceinture, non de perles mais d’explosifs.

vertOublions la mort, saluons la vie ! Vert, c’est Prévert, assis à la terrasse d’un bar, son chien à ses pieds sous la table bistrot, le verre de vin devant lui, la cigarette aux lèvres, un chapeau sur la tête et, dans la tête, une histoire fraîche, verte, une miraculeuse vallée de mots. Cette portion d’un court poème de Claude Nougaro consacré à Prévert qui « dans sa main secoue les dés des mots » :

« Paroles paroles papillons

butinant les cloches de Saint-Germain-des-Près

ou de Saint-Paul-de-Vence

vert que je t’aime vert

et moi j’aime Prévert

et moi j’aime Prévert "