Lance


Go, Lance, go ! (Publié dans l'équipe du 27 septembre 2005)

ooooooooo

D’un côté, des pipettes de pipi douteux datant de Mathusalem et, de l’autre, la parole de Lance Armstrong : « Je n’ai pas pris de produits favorisant la performance ». Moi – ma modestie dût-elle en souffrir -, je suis comme Eddy Merckx : « Je fais confiance à Lance ».

Une remarque. Elle est de fond puisqu’elle concerne le fond du flacon. Il n’ y aura jamais de contre-expertise. Lance Armstrong est donc accusé et, en même temps, placé dans l’impossibilité de se défendre. Bref, le terrain sur lequel se joue cette étrange partie, est tout sauf celui de la justice.

Lance Armstrong qui, hier, s’arrachait avec aisance du peloton, passe aujourd’hui devant le peloton d’exécution. Il fallait bien lyncher celui qui, sept ans durant, aura fait du Tour un western, traversé nos plaines, au galop, avec, dans son sillage, les chariots bâchés de l’US Postal. Armstrong n’a jamais manqué de courage, ni sur son lit d’hôpital, ni sur son vélo. Peut-on en dire autant de ceux qui ouvrent le feu au moment où il descend de selle ? Il fallait bien le lyncher, ce champion du monde qui n’a jamais été un de ces braves types sur l’épaule desquels on peut taper. Il fallait bien le lyncher, cet Américain qui fait du vélo dans les Pyrénées en juillet, et du VTT en août au Texas en compagnie – horreur, malheur ! -, de G. W. Bush.

Ceux qui ont passé des mois dans les caves du laboratoire de Châtenay-Malabry à fouiller les archives et à secouer les flacons n’ont, il faut le rappeler, jamais aimé Lance Armstrong. Ils titraient, au lendemain de sa septième et dernière victoire aux Champs Elysées : « Il restera à part ». Ils s’empressaient ainsi de l’exclure d’un peloton sur lequel il avait régné. Ils refusaient de lui accorder la place qui est la sienne parmi les Géants de la Grande Boucle. Ils s’étaient réjouis de la parution d’un livre, L.A., confidentiel , écrit à quatre mains – deux pour les consonnes, deux pour les voyelles – livre riche d’aucune révélation, d’aucun secret sur la part d’ombre supposée d’un champion qui a eu cette phrase époustouflante : « Je ne roule pas pour le plaisir, je roule pour la douleur ». Eux qui n’ont jamais cru à son « authenticité », avaient répété, à longueur de colonnes, afin de le disqualifier, que Lance, contrairement à ces glorieux aînés, ne courait QUE le Tour. C’est vrai, Lance à qui la maladie aura sans doute appris à faire des choix, a préféré le Tourmalet aux Dolomites, Saint Etienne au Poggio. Peut-on le lui reprocher sans être ingrat ? Lance Armstrong reste cet enfant du Nouveau Monde qui, au pays du base-ball et de la NBA, ne rêvait que du Tour de France. C’est un rêve qui grandit le Tour.

go_lance_go