LABORDE : Kalachnikov toute !


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Pour ZOO

Martin : En 1987, ton premier roman, L’Os de Dionysos, a été censuré par les tribunaux. Pour quelles raisons ?

Christian Laborde: Les juges, « au nom du peuple français », ont censuré mon roman pour « pornographie, lubricité, paganisme, trouble de l’ordre public, abus de mots baroques, incitation au désordre et à la moquerie, danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale ». Fa-bu-leux ! Que de pin’s au revers de mon Smalto !

M: Quels livres aimerais-tu voir interdits ?

C. L.: Les miens uniquement ! Pas question de partager le bonheur de se faire traiter de « pornographe » dans une « Chambre » en présence d’un témoin qui « décharge », par un type « en robe », un drag queen arborant la Légion d’honneur ! Et puis la censure, c’est l’admission, illico-swingo, en QHS : Quartier de Haute Syntaxe.

M: Penses-tu que Mazarine puisse devenir un jour un grand écrivain ?

C. L.: J’aurais aimé qu’elle commence par une mazarinade, Mazarine ! Elle sort un roman. Je lis : « Agathe n’aura pas vu Paris en septembre. Elle avait préféré rester dans le Sud, s’attarder en compagnie de Victor dans la maison de pierre. » Je vois, je vois : Paris, le sud, Lutèce, le Lubéron, un vrai gentil roman français ! Je trouve « maison de pierre », un peu faiblot. Mazarine aurait dû écrire : maison de… Pierre. Victor, Agathe et Pierre : à trois dans les WC ! Et l’on passait du roman français au roman gaulois !

M: Tu as travaillé à L’Idiot international. Jean-Edern Hallier était-il aussi con que beaucoup de gens le prétendent ?

C. L.: J’ouvre L’Evangile du fou. Je lis : « Ma mère est morte, c’est la fin du monde. Rien ne sera plus jamais comme avant. Pleure, Petit Prince ! » Vraiment, quel con ce Jean-Edern ! L’Idiot était un journal d’écrivains, l’auberge espagnole du patois français, chacun amenant son style… A L’Idiot, pamphlétaire, je tirais sur tout ce qui ne bouge pas !

M: Dans ton pamphlet Danse avec les Ours, qui pourfend les bétonneurs de la vallée d’Aspe, tu es extrêmement dur avec les élus que tu surnommes les « Zélus ». Tu es contre la démocratie ?

C. L.: Que nenni ! Comment être contre ce qui reste à inventer ? Non, dans ce texte, je tire sur le poujadisme, le tout-béton, et le manque d’imagination !

M: « Késako » le « manque d’imagination » ?

C. L.: Manquer d’imagination, c’est prendre le monde tel qu’il est !

M: Et que faut-il faire ?

C. L.: Citer Scutenaire, par exemple ! Il disait : « Je prends le monde tel que je suis ! »

M: Les journalistes régionaux aussi en prennent plein la gueule. Penses-tu que l’on puisse être indépendant lorsqu’on travaille dans un quotidien régional ?

C. L.: Quand Eric Pétetin, luttant pacifiquement contre les bétonneurs, avait été incarcéré, les journalistes « régionaux », « locaux », « du cru », « d’ici », avaient titré : « Pétetin à l’ombre ! » Les journalistes « locaux » couvrant le Somport n’ont pas été plus lamentable que les journalistes « nationaux » couvrant la ratonnade américaine communément appelée « guerre du Golfe » !

M: Que penses-tu des actions « politiques » de BHL ?

C. L.: BHL ! Commençons par le commencement : l’écriture ! BHL n’est pas un écrivain, il n’a pas de style. Il n’a pas la papatte BHL ! On n’imagine pas une demoiselle lisant dans son lit un roman de BHL. La langue française ne bouge pas sous la plume de BHL. BHL, c’est un « sociologue », « un politologue », un truc en « ogue », un mec qui démonte le moteur parce qu’il n’est pas Prost. Quant aux « actions », soyons sérieux : BHL n’est pas Malraux ! Malraux pilotait un zinc durant la guerre d’Espagne, BHL fait des allers et retours en Yougoslavie dans des avions du GLAM. Je le dis clairement : un mec qui arrache Lauren Bacall des bras d’Humphrey Bogart pour l’obliger à tourner un navet mexicain devrait être confié au staff de Caligula !

M: BHL est obsédé par la Yougoslavie. Toi par les machines à coudre Singer. Faut-il t’enfermer ?

C. L.: Absolument ! Qu’on m’enferme, dans une cellule climatisée, avec du Lotus « triple épaisseur » pour me torcher le cul, et des feuilles blanches pour me torcher le cœur. Enfermé, j’écrirais davantage, bref, j’aggraverais mon cas, et je ne connais pas d’occupation plus délectable !

M: Peut-on être intellectuel et aimer le Tour de France ?

C. L.: Mais non ! Un intellectuel analyse, prélève, tripote, dissèque, disserte et n’aime pas. Il n’aime rien. En revanche, un écrivain ne peut qu’aimer le Tour ! Le Tour, pour un romancier, c’est des personnages fabuleux, des gueules noires, des silhouettes fantomatiques dans les brumes froides du col du Tourmalet. Le Tour, pour le poète, c’est de l’épopée, la tragédie dans le virage, Ocana dans le col de Menté. J’ajoute : le champion est pour l’écrivain un modèle. Il faudrait écrire comme Indurain pédale, comme Gaul s’envole dans un col : aisance, souplesse, puissance, danse ! Et le vélo, nom de Dieu, la plus belle machine inventée par l’homme !