1 La voyelle u est au cœur du mot cul. Cette voyelle, pour être correctement prononcée, exige, selon François de la Chaussée, linguiste disciple de Georges Straka, une projection en avant des lèvres avec arrondissement. Bref, la bouche qui dit cul dessine le trou qu’elle convoite. J’aime ce trou.
2 L’expression trou du cul qui, au départ, ne désignait que l’orifice sec et parfait dans lequel le gland têtu parvient toujours à se loger, aura connu un destin identique à celui du mot navet. Au sens premier - le substantif navet sert à désigner un légume qui, dans le pot-au-feu, joue un rôle non négligeable - est venu s’ajouter un sens métaphorique insupportable. Ainsi qualifie-t-on de navet un film sans saveur, et de trou du cul une personne sans envergure et lâche. La race blanche mérite la corde. Dans le premier cas en effet, elle salit la nature en lui attribuant une prétendue fadeur qui, nous le savons, n’est pas la sienne et, dans le second, jette le discrédit sur une des zones les plus élémentaires, les plus somptueuses du corps féminin, en établissant un rapport entre le satiné anneau et son sale esprit.La réhabilitation de l’expression trou du cul crée un vide linguistique. Comment en effet nommer une personne sans envergure et lâche ? Je propose le substantif magistrat.
3 Il faudrait fusiller ces français purs et durs qui sans vergogne substituent au mot cul des termes aussi vulgaires que pétard ou popotin. Le cul, en effet, cette haute argile que les femmes - onguents, lotions, flacons, poudres et crèmes - entretiennent religieusement pour le bonheur de l’œil, des doigts, de la langue et du gland, n’invite pas au mépris, mais à la vénération, c’est-à-dire au saccage.
4 Dans mon dictionnaire de rimes et de rythmes, le mot abus trouve naturellement sa place entre humus et Balthus, papyrus et vénus, mucus et chorus, nautilus et nimbus, autobus et lapsus, ce qui donne : humus anus balthus nautilus anus nimbus autobus anus lapsus lapsus lapsus lapsus anus lappé en sus.
5 Le troue dans la raie qui me regarde est sans paupière. Pareil à des cils, les poils qui entourent cet œil biblique - je nommerai Caïn-caha le va-et-vient de l’enculade - brillent étonnement. Sans doute sont-ils armés pour capter la lumière qu’ils voient si peu, et dont les privent l’index qui s’insinue, le gland qui s’introduit et, plus fréquemment, les boucles de la serviette éponge.
6 Le mot cul se nourrit de la chair du corps qu’il désigne : prononcer le mot, c’est posséder le corps. La chair du corps possédé fait venir le mot à la bouche : posséder le corps, c’est prononcer le mot.
7 La raie, le trou, l’orifissure.
8 Anus : j’ai quelques us en cet anneau.
9 L’anus : le précipice du prépuce.
10 Je nommerai phallustrade cette voie rapide et glissante que le gland emprunte avant de s’embourber dans le trou bagueur.
11 Le majeur dans l’anus pour un état des lieux : l’étau d’abord - Rubicon des tenailles -, puis les cloisons, l’argile, la nuit détapissée.
12 Foudre fouettée en vol, tonneau de circonflexes.
13 Hache, bogue, canyon, muqueuse du miracle.
14 Bagues, légendes, chas, guidons des sabotages.
15 Rodéo des odeurs . De chair. D’orage. De soutes. D’exactes poutres. De miroirs lynchés. D’huile de cadenas. De rosée qui reste. De fougères dans les barbelés. De neige. De percolateur. De silex noyés. De peau de castor. De véranda. De gibier d’eau. De tuiles. De toits. D’antennes de télé. De ciel. De farine. De sacs. De jute. De moulins. De fennecs. De miel d’autruche. D’écorce de tomahawk. De cigare. De mazout. De goudron. De réglisse. De boue. De ronceraie. De feuilles de ronce pourrissant dans la boue. D’argile. De torchis. De morve d’hirondelle. De crachats de faisan. De salive de loup. De sel. De soufre. De liqueur de charbon de bois. D’aisselles de guitare. De salpêtre. D’extrait de givre. De cuir. De gentiane. D’aluminium. De foin. De chaumes. De terriers. D’arbres mouillés, de chanvre, de cirage et de moteur chaud.
Christian Laborde