Lettre ouverte à G. W. Bush, Président des Etats-Unis


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Monsieur le Président,

Je vous écris d'Euskadi, grain de beauté rouge et vert sur la joue de la vieille Europe. Je sillonne ce lopin de terre rebelle avec, dans mon sac à dos, des mots, du vent, et des aérosols pour écrire sur la peau des pierres le nom de Léonard Peltier.

Leonard Peltier, Anishinabe-Lakota, né en 1944 dans le Dakota du Nord et qui a grandi sur la Réserve de Turtle Mountain, est incarcéré depuis 25 ans dans une cellule du pénitencier fédéral de Leavenworth, Kansas, non parce qu'il aurait tué, à Oglala, deux agents du FBI - nous savons qu’il n’en est rien !-, mais parce qu'il est indien. Autrement dit, Mandela est toujours incarcéré dans votre immense pays.

Oglala, monsieur le président, remember Oglala! C'était en 1975. Oglala: A noir! disait Rimbaud, et noire la terreur qui régnait sur ce village situé dans la Réserve de Pine Ridge, où Léonard Peltier, membre de l'American Indian Movement(AIM), avait établi un camp de défense à la demande des Anciens traditionalistes. Terreur? Oui! De 1973 à 1975, 60 membres et supporters de l'AIM ont été assassinés sur le Réserve de Pine Ridge par les Goon's, escadrons de la mort pareils à ceux qui terrorisèrent les populations du Salvador et du Guatemala. " Il y avait même eu des enfants tués. Des maisons avaient été incendiées. C'était la panique à la moindre pétarade de voiture", note Archie Fire Lame Deer dans Le Cercle Sacré.

Ecoutez Archie, l'homme-médecine, monsieur le Président : " C'est dans cette ambiance que les deux agents du FBI débarquèrent au camp de l'AIM, près de chez Jumping Bull, en disant qu'ils étaient à la recherche d'un jeune gars qui avait volé une paire de bottes. Tout le monde était au bord de la crise de nerfs; il y eut un coup de feu, et ce fut l'enfer". Au sol, le corps de Joseph Stuntz, ami de Peltier, dont la mort n'intéressa personne, et ceux des deux agents du FBI.

On accusa Peltier, organisateur du Trail of broken treaties, la piste des traités violés, d'avoir tiré sur eux. Le procès de Peltier se déroula dans le Nord-Dakota, "état hostile aux minorités, devant un juge notoirement connu pour ses sentiments anti-indiens", précise l'accusé. Un vrai procès, avec "irrégularités et falsification d'un rapport balistique", comme l'indiquera, en 1981, un document du FBI de 12000 pages transmis aux avocats de Peltier.

En 1992, le procureur de la République Lynn Crooks admettra que "le gouvernement américain ne sait pas qui, en particulier, a tué les deux agents du FBI à Oglala, et qu'il ne peut prouver la présence de Peltier à moins de 300 mètres de la fusillade." Un vrai procès, monsieur le Président, et qui ne sera jamais révisé! Le 7 juillet 1993 en effet, le juge Daniel Friedman, refusait, au nom de la 8eme Cour d'Appel, d'accorder un nouveau procès à Peltier qui purge donc dans le pénitentier fédéral de Leavenworth deux peines consécutives de prison à vie.

Le parcours judiciaire étant arrivé à son terme, Léonard Peltier ne sortira de prison qui si vous lui accordez la grâce présidentielle. Elle vous est demandée par tous ceux qui, comme Desmon Tutu, soutiennent, à travers le monde, le "Nelson Mandela américain". Elle vous est demandée par la vieille Europe. L'Etat français dont les ministres aiment parler de droits de l'Homme et d"ingérence humanitaire, considère que la situation de Peltier " reste de la seule compétence de la justice américaine", mais, en France, 308 mairies, d'Aguessac à Vouille-les-marais en passant par Rodez et Ivry-sur-Seine ont officiellement signé la résolution pour la libération de Leonard Peltier. Ces maires vous parlent par dessus les frontières qui n'existent pas. Les signaux de fumée de la liberté disposent de la totalité du ciel.

Peltier est indien. Ailleurs il est kurde. En Irlande, il s'appelait Bobby Sands, mort dans le prison de Long Kesh avec une poignée de braves dont le vent a pris les corps et les a enterrés dans le cimetière de Wounded Knee.

Le vent, Monsieur le Président, oui le vent! Sortez de la Maison Blanche, marchez sur le gazon réglementaire, et seul, insensible au fracas volumineux des sirènes, écoutez le vent ! Ecoutez-le parler des peuples qui n'accepteront jamais d'être soumis, de cette "liberté couleur d'homme" chère André Breton, poète debout sur la place d'un pueblo hopi au Nouveau-Mexique.Je joins ma bouche à la bouche du vent : Graciez Peltier, monsieur le Président!

Groupe de soutien à Léonard Peltierc/o C.S.I.A21 ter rue Voltaire 75011 Paris France Tel : 01 43 73 05 80lpsg-france@wanadoo.fr

Christian Laborde