- le vendredi 8 octobre à 20h30 à la Médiathèque de Pavie
- le samedi 9 octobre à 10h30 à la Médiathèque de Nogaro
- le samedi 9 octobre à 17h à la Médiathèque de L’Isle-Jourdain (projection du film « Nougaro à tombeau ouvert et à guichets fermés »)
]]>Le dimanche après-midi, de 15h à 16h15, au Petit Salon des Etablissements Moyard, il répondra aux questions des lecteurs et de Pascal Schouwey, de 15h à 16h15
lelivresurlesquais@bluewinch.fr
]]>
Cher lecteur,
Je les ai mis en présence l’un de l’autre, et j’ai laissé leurs cœurs se débrouiller. Lui, c’est Marcus, 17 ans. Elle, c’est Roxane, trente ans, je crois. Marcus vit près du port de marchandises, pratique « la reprise individuelle » et la boxe. Roxane, quand elle se maquille, écoute Relator de Scarlett Johansson.
Marcus est au sac de frappe quand Roxane lui apparaît : « Elle porte une veste bleu marine, un chemisier blanc. Ses jeans étroits laissent voir ses chevilles. L’une d’elles est ceinte d’une fine chaîne dorée. De l’or, y en a aussi dans ses cheveux. C’est l’or d’une reine, rien à voir avec la blondeur pourrie des poufs qui tirent sur une paille à la terrasse des cafés. »
Vous trouvez « reine » une vieillerie syllabique: de la romance. Je vous répondrai que ce mot ne me déplaît pas, au contraire. Je pense que Le soleil m’a oublié, roman sentimental et rock, est une romance.
Salut.
Christian Laborde
" Dans sa salle de bain, Roxane écoute Relator de Scarlett Johansson " :
[YOUTUBEXCx5sOj7SlA]
" Marcus court sur les quais avec dans les écouteurs The passenger d'Iggy Pop " :
[YOUTUBEy4hPnZUMBwA]
Pour ses livres, ses chroniques , notamment dans Le Figaro, son spectacle Vélociférations consacrés à la Grande Boucle, l’écrivain Christian Laborde a reçu, des mains de Bernard Hinault, la médaille du Tour de France. Poursuivant son échappée, il déboule dans la rentrée littéraire, avec Le soleil m'a oublié ( Laffont), roman d’amour, incisif et tendre : « Lui, c’est Marcus, dix-sept ans. Elle, c’est Roxane, trente ans, je crois… »
Le Figaro, samedi 28 août 2010
Le voici à l'entrainement :
Voir la vidéo de Floyd Mayweather
Le soleil m’a oublié de Christian Laborde
La chronique d’un amour unique et ravageur. En un texte court, zébré de violence et de tendresse, Christian Laborde, au summum de son talent, raconte l’idylle entre un jeune boxeur et la maîtresse d’un caïd de banlieue. Il a 17 ans, elle en a 30. Il s’émerveille et elle l’éveille. Hélas, la jolie histoire tourne au drame de la jalousie quand l’amant trompé s’en aperçoit. Christian Laborde restitue avec une incroyable justesse les sensations émotionnelles et physiques de son héros. Cette « menthe à l’eau servie dans un verre couleur de nuit » se déguste comme un nectar. Un livre qui est l’hymne à sa dame d’un moderne Perceval.
Christian Laborde propose une fiction pleine de violence, de suspens, d’amour, de sensualité, de grâce et de folie. Réussite totale.
Ecrivain talentueux, Christian Laborde a plus d’une corde à son arc. Biographe de Nougaro ( « Mon seul chanteur de blues », éditions La Martinière, 2005) et de Renaud (« Renaud », Flammarion, 2008), poète (« Congo », éditions d’Utovie, 1987), pamphlétaire, ennemi juré de la corrida (« Corrida basta », Robert Laffont), essayiste, fou de vélo ( « Le Roi Miguel », Stock 1995, « Dictionnaire amoureux du Tour de France », Plon, 2007), et surtout, surtout, bouillonnant romancier de haut vol ( il faut lire à tout prix son génial « L’Os de Dionysos », Pauvert, 1999 , mais aussi « Soror », Fayard ,2003) En cette rentrée littéraire, le voici de retour avec un roman uppercut, plein de violence, de suspens, d’amour, de sensualité, de grâce et de folie : « Le soleil m’a oublié ».
Il nous invite à suivre les pérégrinations de Marcus, un jeune garçon à la fois bon, généreux. Et violent. C’est à cause de cette violence qu’il a été contraint de quitter le lycée. Pour la canaliser, il s’adonne à la boxe. Dans cet art, il s’exprime avec talent. Avec passion. Pour gagner de l’argent, il est veilleur de nuit dans un hôtel de passe où ses qualités de puncheur font merveille, au grand désespoir de costauds abrutis d’alcool ou de maquereaux qui se croient tout permis. L’hôtel appartient à Vico, comme le club de boxe dans lequel Marcus s’entraîne. Parfois, après avoir bu, il part cambrioler quelques maisons bourgeoises en compagnie de copains. Un soir, au cours d’un entraînement, il croise Roxane, la femme de Vico. Coup de foudre. Passion immédiate. Il ne peut l’oublier. Il brûle d’amour et de désir. Mais comment l’aborder ? Comme la retrouver ? Vico lui tendra involontairement une perche en lui demandant de venir réparer l’ordinateur de Roxane. Elle finira par lui proposer un rendez-vous. Marcus n’a jamais aimé avec autant d’intensité.
Mais on s’en doute, la belle histoire d’amour se terminera très mal. Car Vico a appris l’aventure de sa femme avec le très jeune homme. Le compte sera réglé à coups de nerf de bœuf…
Le court roman est mené tambour battant. Pas un gramme de graisse, pas un mot de trop dans ce texte étincelant, émouvant, tout en muscles comme un blues de Jimmy Reed.
Je ne viens vous entretenir ni de la crise, ni de la dette, ni des retraites, juste de l’essentiel: Le Tour de France. La France, c’est le Tour. Et le Tour, c’est Lance Armstrong. Qu’il soit fait, par vous, commandeur de la Légion d’honneur !
Je vois les gens honnêtes s’offusquer, les « Assis » grimacer, les procureurs s’étouffer : et le dopage ? Rappelons, Monsieur le Président, que Lance Armstrong n’a jamais été déclaré positif, et souvenons-nous du général de Gaulle. Désirant remettre la légion d’honneur à Jacques Anquetil, il fit taire les conseillers vertueux qui tentaient de le mettre en garde : « Dopage : quel dopage ? A-t-il oui ou non fait jouer la Marseillaise à l’étranger? »
Lance n’a pas fait retentir la Marseillaise à l’étranger, mais il fait du bien à la France. Grâce à lui, les virages fermés du Pla d’Adet, les passages les plus éprouvants de Hautacam sont connus au Texas et, en juillet, à New-York, la télé américaine diffuse des images du Tour. Grâce à Lance, les Américains, que seul le Super Bowl ferait vibrer, se passionnent pour ce Tour légendaire. Leur enthousiasme, nous le lisons sur les routes des Pyrénées où les « Texas Pride » et les « Go, Lance, go » écrits à la peinture blanche disputent la vedette aux « Aupa Indurain » et aux « Vas-y Jaja ». Que des mots si anciens et d’autres si neufs se mêlent de la sorte sur le revêtement granuleux de nos cols, nous renseigne sur l’éclatante santé d’un Tour que Lance, flanqué de ses pistoleros aura si souvent transformé en western. Oui, grâce à lui, l’Amérique connait désormais le Tour et, chaque année, des Américains descendent dans des hôtels de Lourdes et vont escaler sur leurs vélos Trek les pentes et les lacets.
Lance n’a pas fait retentir la Marseillaise à l’étranger, mais il fait du bien au Tour, à la France et aux Français. Il résiste à tous ses adversaires, surtout au pire d’entre eux : le Temps. Aucune horloge, aucun tic tac, aucune heure cruelle ne l’incite à prendre la retraite, à raccrocher, à devenir sérieux. A près de 39 ans, il est toujours là, prêt à en découdre. Grâce à Lance, ce temps qui passe et ne songe qu’à nous engloutir a tout à coup moins d’arrogance. Les exploits de Lance nous font oublier ce que, otages des agendas, prisonniers des routines, nous subissons chaque jour.
Lance mérite d’être fait commandeur de la Légion d’honneur car, en sus de faire briller d’un éclat neuf nos vieilles départementales, il donne une pêche incroyable aux malades qui se battent contre le cancer. Qu’est ce que le cancer ? Anquetil a répondu à cette question en confiant à Poulidor son calvaire : « Raymond, je monte un Puy de Dôme tous les jours ». Cette multiplication des Puy de Dôme, Lance l’a connue. Il a tenu, et le cancer a fini au tapis. Et celles et ceux qui affrontent ce mal terrible parlent comme Lance: « Ceci est un combat pour ma vie, et ce combat, j’ai bien l’intention de le gagner. »
Pourriez-vous, Monsieur le Président, remettre la Légion d’Honneur à Lance, le 22 juillet, au sommet de ce mythique Tourmalet que le Boss escaladera une ultime fois avant de rejoindre Paris?
Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments les plus respectueux.
Lettre parue le 18 juillet 2010 dans le JDD
]]>On a appelé, on l’a achetée, on y passe le mois de juillet. Rebecca prend ses congés en juillet. Elle n’a pas le choix : elle est la dernière arrivée dans la boite. Août c’est pour les anciens, et ceux qui ont des enfants. Juillet, c’est très bien, c’est parfait, c’est même mieux. Les grosses chaleurs, en effet, c’est toujours en juillet. La canicule que je redoutais, qui me laissait épuisé, j’attends qu’elle s’abatte sur nous depuis que nous avons acheté la maison. Comme un griot récite des paroles sacrées pour faire tomber la pluie, je prie les dieux qu’elle nous visite. Depuis que nous sommes passés chez le notaire, je ne trouve que des avantages au réchauffement climatique. Quand le soleil cogne, balance sur les bêtes et les gens des caissons de feu, la maison garde précieusement, sous son toit qui finit sa course dans les branches basses des arbres, derrière ses murs épais et ses lourds volets, la fraicheur caressante que la nuit offre vers une heure ou deux heures du matin. Et cette fraicheur salvatrice que la maison a stockée dans ses poutres, et qu’elle verse sur nous au plus chaud de l’après-midi, rend Rebecca encore plus désirable. Il faut dire qu’elle se déplace d’une pièce à l’autre, les cheveux rassemblés en chignon au-dessus de la nuque, pieds nus, en culotte. Il paraît que le paradis, dans l’au-delà, c’est pas mal. Je veux bien le croire. En tout cas, le paradis, ici-bas, c’est la culotte de Rebecca. Les draps, c’est du métis, je crois, ou du lin, des draps qui remplissaient les armoires lorsque nous avions pris possession des lieux, des armoires aux portes ouvragées, cirées, surmontées d’un chapeau de gendarme. Certains draps sont brodés, et l’on retrouve, parmi les volutes, les courbes, les crêtes des broderies, les initiales E et A. Quand elle avait ouvert les armoires, la première fois, Rebecca avait désigné de son index le E et dit c’est Eulalie. C’est le prénom qui figurait dans plusieurs des documents que nous avions lus et signés chez le notaire. Le A, on sait pas.
Une nuit, alors que, réveillés et blottis l’un contre l’autre, nous écoutions le souffle du vent et les soupirs rouillés des volets, Rebecca m’avait demandé si je pensais qu’Eulalie avait été heureuse dans cette maison. Comme je restais muet, elle m’avait parlé d’un roman qu’elle avait lu, et dans lequel il était question des armoires de jadis et du linge brodé qu’elles renfermaient :
- Et l’auteur, tu sais ce qu’il dit ?
- Non, je ne sais pas ce qu’il dit.
- Il dit que les femmes ouvraient souvent les armoires afin de glisser leur chagrin, leurs larmes entre les piles de linge. Puis elles refermaient l’armoire à clé. Et la clé, elles la gardaient sur elle, le temps que, dans l’armoire, les larmes sèchent.
J’avais passé ma main dans les cheveux de Rebecca, et, afin d’empêcher que la tristesse ne l’envahisse, je m’étais empressé de lui dire que j’avais moi aussi lu un roman :
- L’auteur, tu sais ce qu’il dit ?
- Non, je ne sais pas ce qu’il dit.
- Il dit que les poitrines menues sont les plus troublantes, les plus émouvantes, sans doute parce qu’elles empêchent l’enfance de mourir.
Dans un souffle, un souffle presqu’imperceptible, un souffle qui parvenait jusqu’à moi parce que c’était la nuit et parce que nous étions dans la maison des orages, elle m’avait demandé de l’embrasser.
La maison des orages renferme bien des trésors, et les draps en sont un, draps de métis donc, mais également de chanvre ou de lin, trésor enfouit dans les diverses armoires de la maison. Chaque pièce a son armoire. Il y en a même une dans l’escalier menant aux chambres. C’est pas une armoire mais une bonnetière. Elle contient elle aussi quelques draps et taies d’oreiller, mais surtout tout un assortiment de chapeaux de paille et de capelines. Les chapeaux d’Eulalie. Les chapeaux de paille, elle devait les mettre au jardin, quand elle soignait ses rosiers splendides. Les capelines, elle les aura coiffées lors des mariages, des communions, dans l’église au clocher plat devant laquelle je passe chaque fois que je vais acheter des cigarettes. Les chapeaux, Rebecca les a tous essayés, et je l’ai photographiée chaque fois que, vêtue d’un T-shirt, d’un short et chaussée d’espadrilles, elle venait vers moi, avec sa nouvelle coiffure, en adoptant la démarche des filles sur les podiums.
La plus grande des chambres, celle qui possède un balcon duquel on peut presque sans tendre le bras toucher les feuilles des arbres, est devenue la nôtre. C’était celle d’Eulalie, quand son mari était en vie. Puis, elle s’était installée dans la chambre du rez-de-chaussée qui donne sur les rosiers et dont j’ai fait mon bureau.
Les draps, c’est tantôt du métis, tantôt du chanvre, tantôt du lin, et c’est durant la sieste que la peau profite au mieux de la texture de chacun. Au moment de la sieste en effet, la maison libère complètement la délicieuse fraicheur que chacune de ses poutres, de ses pierres, de ses volets, de ses armoires ont dérobée à la nuit, et qu’elle garde en elle comme un fruit garde dans sa chair l’eau de pluie. Et c’est cette fraicheur qui, glissant sur nous au moment où nos paupières descendent, nous fait goûter pleinement la douce rugosité du chanvre, le lisse du lin, la souplesse du métis.
Les draps, c’est du métis, la souplesse des fils le dit à ma peau. Dehors, la canicule. Les chiens se taisent tous. Je lis un peu, puis je m’assoupis. Quand j’ouvre les yeux, voyant que je la cherche, Rebecca me rassure : « Je suis là. »
Elle vient vers moi. Le T-shirt qu’elle porte finit sa course juste au-dessus de son sexe rasé.
Paru dans Témoignage chrétien, juillet 2010
]]>